Bart De Wever est un brillant historien. A ce titre, il connaît parfaitement la légende d’Icare. Fils de Dédale, celui-ci s’enfuit du labyrinthe au moyen d’ailes faites de plumes et fixées avec de la cire. La chaleur du soleil ayant fait fondre la cire, il tomba dans la mer.
Bart De Wever serait-il atteint du syndrome d’Icare ? Certains observateurs, tant au Sud qu’au Nord du pays, commencent à se poser la question. Bien sûr, il est toujours Roi de Flandre. Et même plus que ça : c’est lui qui dicte l’agenda du Roi de Belgique. Mais est-il prêt à « dealer » avec les francophones ? Forcément, tout accord sera le fruit d’un compromis. Sachant qu’il veut l’application de tout son programme, l’on peut douter de ses intentions. « Pour De Wever, cela devient pathologique, précise Luc Van der Kelen dans Het Laatste Nieuws (11.09.10.). A aucun moment, il n’a dit oui. » Si la N-VA persiste dans son refus de trouver une solution équilibrée pour toutes les parties, le pays court inéluctablement au chaos. A partir de là, l’opinion pourrait se retourner contre lui.
Le Palais a accordé une seconde et dernière chance à la N-VA. Bref, on va savoir dans les prochains jours si ce parti est capable de travailler sur un compromis. Dans le cas contraire, De Wever deviendra le « zwartepiet ». En tout cas, pour les partis et les médias francophones. Du côté flamand, sera-t-il autant soutenu qu’on pourrait le croire ? Déjà, deux partis, certes minoritaires, en l’occurrence SP.A et GROEN !, ont pris leurs distances. Le CD&V et l’OPEN VLD, par contre, seront sans doute à ses côtés. Et quid de la presse ?
Bart sent l’opinion
Tout le monde sait qu’en Flandre, les médias sont omniprésents. Or, ceux-ci pourraient être tentés de désacraliser Bart De Wever. Aujourd’hui, le très flamand Guy Tegenbos reste neutre vis-à-vis de Saint Bart. Mais qu’en sera-t-il demain ? « Elio Di Rupo est allé loin, concède l’éditorialiste du Standaard. Il est le premier francophone qui ait jamais réussi à formuler des propositions d’aménagement des structures de l’Etat que les Flamands pouvaient avaliser, et il est même parvenu à obtenir l’approbation des partis francophones jusqu’à un certain point (…) Elio Di Rupo et Bart De Wever sont incontournables. Et condamnés à être ensemble. Ils doivent résoudre cette crise. Et ils doivent le faire vite. Sinon, ils perdront leur légitimité et les citoyens leur prospérité. »
L’avertissement est clair : il faut rapidement des résultats. Ceux qui retarderont ce processus porteront une lourde responsabilité. Heureusement, comme le souligne Luc Van der Kelen, « Bart De Wever sent l’opinion de manière infaillible. » Notre petit doigt nous dit qu’il pourra s’arrêter à temps. Tout simplement lorsqu’il estimera qu’il aura obtenu les avancées nécessaires pour convaincre ses concitoyens. Il se rappellera que la grande majorité de ses électeurs ont voté pour qu’il fasse avancer les choses, pas pour les bloquer. En éminent romaniste, il se souviendra que la roche tarpéienne est proche du Capitole. Ou plutôt, il se remémorera la légende d’Icare …
