Charles Michel vient d’être élu, ce 28 janvier 2011, à la tête du MR avec 54,75% des voix des militants contre 45,25% à Daniel Bacquelaine. Partant du principe selon lequel, en Belgique, ce sont les présidents de parti qui donnent le ton, l’on pourrait considérer que le fils à « Big Loulou » a atteint le sommet du pouvoir. Ce serait vrai si le MR était un parti politique. Mais, au fond, est-il un parti comme le PS ? Ou n’est-il pas un mouvement comme le MOC ? A moins qu’il ne soit un cartel comme le CD&V et la N-VA dans certaines communes de Flandre ? Pour évaluer la future présidence de Michel Junior, il n’est pas inutile de poser cette question existentielle.
Le MR n’échappe pas aux jeux des clans, tendances et autres courants qui est la marque de tous les partis. Les lignes de fracture sont, en effet, multiples au sein du Mouvement Réformateur. Essayons d’en faire l’inventaire. Exercice ô combien délicat …
Si l’on s’en tient aux origines du MR, l’on peut dire qu’il y a trois composantes officielles : le PRL (tendance libérale), le FDF (tendance francophone), le MCC (tendance chrétienne). Tout en ajoutant qu’à l’instar de tous les partis francophones, il y a l’aile bruxelloise et l’aile wallonne. A moins de se focaliser sur les unions locales. Par exemple, à Liège, c’est toujours différent de ce qui se passe ailleurs. Enfin, n’oublions pas qu’il y a les libéraux du Nord (OPEN VLD) dont certains peuvent se sentir proches en Région de Bruxelles-Capitale.
Sinon, il y a toujours les bons vieux clivages politiques, institutionnels et philosophiques. Tout le monde sait qu’au MR, l’éventail va de la droite décomplexée (façon PP) au centre-gauche (FDF) en passant par le centre-droit (libéral modéré). Il y a également les régionalistes et les communautaristes sur lesquels se greffent les fédéralistes et les confédéralistes. Enfin, difficile de ne pas distinguer ceux qui sont à la Loge (Louis Michel) et ceux qui n’y sont pas (Didier Reynders ?).
Parti schizophrénique
S’il n’y avait que ces partages, ce serait merveilleux. Tout serait tellement simple ! Malheureusement ou heureusement, ce n’est pas le cas puisqu’il y a encore les clans. D’un côté, le groupe Renaissance (Michel Père et Fils, Gérard Deprez, Willy Borsus, Alain Courtois, Frédérique Ries, Jacqueline Galant, Christine Defraigne, Jean-Paul Wahl, …). De l’autre, les partisans de Didier Reynders avec Pierre-Yves Jeholet, Jean-Luc Crucke, Olivier Maingain, Armand De Decker, Daniel Bacquelaine, Sabine Laruelle, … Entre les deux, il y a les ralliés (au nouveau président évidemment) : Richard Miller, Françoise Bertieaux, Olivier Chastel, Denis Ducarme, Serge Kubla, …
Les observateurs pourraient en déduire que le MR oscille entre le statut de parti et celui de mouvement. Pourtant, il n’en est rien. Il me paraît qu’il s’apparente davantage à un cartel unissant, d’une part, le PRL-MCC et, d’autre part, le FDF. En d’autres termes, le FDF ne fonctionne-t-il pas comme un véritable parti autonome ? Il possède son propre siège, son propre agenda, sa propre communication. Quand Didier Reynders fait mine de se rapprocher de Bart De Wever, que fait Olivier Maingain ? Il torpille aussitôt son coreligionnaire en réclamant l’élargissement de Bruxelles. En résumé, tant que l’on parlait du PRL-FDF-MCC, la notion de cartel était patente. Maintenant qu’il y a le sigle MR à la place des 9 lettres, cette dimension est occultée. Il n’en demeure pas moins que le FDF est un « Etat dans l’Etat ». Charles Michel parviendra-t-il à corriger cette dualité ? Permettez-moi d’en douter …