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Communiqué de presse : Mark Eyskens et Philippe Maystadt dans Lobby

« Pour une révolution copernicienne en Europe ! »

Deux Ministres d’Etat belges ont accepté de livrer au magazine LOBBY leur vision de l’Europe de demain. Pour Mark Eyskens, ancien Premier Ministre belge et membre du Conseil de l’Europe, le défi est avant tout éthique et moral. Il plaide pour une renaissance du politique. Il s’agit de retrouver ce lien de confiance indispensable avec le citoyen et d’instaurer un New Deal européen. Philippe Maystadt, ancien Ministre belge, Président de la Banque Européenne d’Investissement (BEI) pendant 12 ans et ex conseiller spécial de Michel Barnier, Commissaire européen au Marché intérieur et aux services dans la Commission Barroso II, privilégie, quant à lui, une Europe moins technocratique, à l’écoute des initiatives locales.

Selon Mark Eyskens, pour sauver l’Europe, il faut que l’ensemble de la société prenne ses responsabilités. Politiques, médias, artistes, enseignants, citoyens au sens large, chacun détient une part de vérité dans la situation actuelle et tout le monde doit être acteur du changement. « Mais ce n’est pas le changement proprement dit qu’il faut, car prôner le changement est d’une trivialité sans nom. Ce qui est indispensable, ajoute-t-il en faisant référence à André Malraux, c’est l’amélioration de la condition humaine ».
L’ancien Premier Ministre est formel : «il y a une démission de l’éthique ». Celle-ci trouve ses racines dans l’hyper individualisme gangrénant la sociabilité nécessaire au développement de l’art et de la culture. C’est la fin de l’écoute de l’autre. A cela viennent s’ajouter le populisme et la démagogie qui, facilités par l’émergence des nouveaux médias, violent les valeurs du vivre ensemble. Pour Mark Eyskens, c’est le « règne de l’onitude » : une société désincarnée, impersonnelle, dans laquelle le sens des responsabilités est en fuite.

Le monde est un village

La mondialisation n’est pas étrangère à ce phénomène. « Nous observons des modèles éthiques et moraux qui s’affrontent, il y a un véritable clash des civilisations, insiste l’ancien membre du Conseil de l’Europe ». La laïcité nous empêcherait-elle de percevoir l’importance de la place du religieux dans les évolutions de notre monde et la montée des pôles qui s’y opposent ? Le 21e siècle est-il spirituel comme l’annonçait Malraux ? Toujours est-il que face à l’adage « le monde est un village », « le citoyen tente de répondre que le village reste encore son monde ; mais il est devenu un individu éclaté, un dividu ». De plus, « le marché politique est devenu extrêmement concurrentiel et volatile. Le dividu est incertain, il ne sait plus quoi choisir3 ». Ainsi, entre promesses irréalisables et échecs nationaux imputés à Bruxelles, le citoyen européen, désabusé, effectue un repli sur la chaleur de son nid. « C’est en promettant l’impossible aux citoyens que les politiques rendent la réalisation du possible aussi difficile ».

Bref, face à l’accumulation du mécontentement et de l’indifférence, Mark Eyskens en appelle à un New Deal européen. Selon lui, seul un grand projet axé sur une politique de la demande et remettant le citoyen au centre de la construction européenne pourra faire face au nationalisme (qu’il associe à un égoïsme collectif). Et l’ancien Premier Ministre de conclure avec ce sens de la formule : « Il faut une renaissance du politique. L’homme politique le plus important de l’avenir, c’est le citoyen ! »

Intégration par la base

S’il apparaît clair que l’Europe doit regagner à la fois confiance et légitimité aux yeux de ses citoyens, pour Philippe Maystadt, il est urgent de reconsidérer les relations entre le niveau institutionnel et la société civile. L’ex-président de la Banque Européenne d’Investissement défend l’idée d’une Commission Européenne moins technocratique, où l’écoute des acteurs de terrain prend réellement son sens. Pour lui, c’est le développement d’initiatives locales qui doit être favorisé. « S’ils sont conscients des défis, explique l’ancien vice-Premier Ministre belge, les hommes politiques doivent maintenant faire passer ces messages à l’administration. La culture de l’écoute du terrain n’est pas suffisamment développée. La structure n’est pas assez réceptive ».

Pour Philippe Maystadt, l’Union Européenne est une terre de liberté et la place accordée à la liberté d’expression et à la liberté d’association a permis à la société civile européenne de se développer de manière particulièrement dynamique, vivant d’ailleurs une renaissance fondamentale depuis la chute des régimes communistes. Cette vitalité est accentuée par le développement des médias sociaux et des nouvelles technologies. L’engagement prend de nouvelles formes, les expériences privées, qu’elles relèvent du secteur marchand ou non-marchand, fleurissent et les institutions doivent s’adapter.

Pourtant, « Bruxelles » fais la sourde oreille. « C’était une erreur d’avoir conservé une approche top-down dans la dernière décennie, argumente l’ex conseiller spécial de Michel Barnier. Il faut que les cénacles technocratiques cèdent la place à l’expérimentation locale. Nous avons besoin d’innovation sociale ». Ainsi, les subsides accordés par la Commission doivent aller dans le sens de l’encouragement des projets issus de la base. « Il s’agit de rendre les procédures moins lourdes, moins bureaucratiques, et de définir des critères plus souples pour permettre un plus grand accès à ces subsides ». Prenant le problème de la mobilité pour exemple, Philippe Maystadt insiste sur la diversité des réalités locales. « En matière de transport, il faut laisser de l’espace pour l’expérience puis s’inspirer les uns les autres, répliquer les bonnes pratiques et s’organiser en réseaux. Il s’agit d’inverser la démarche. L’intégration doit venir de la base. Il faut effectuer une véritable révolution copernicienne dans la manière de construire l’Europe ».

Le pavé est jeté. La balle est dans le camp du nouveau Président de la Commission Européenne. Et les deux hommes politiques belges de terminer, chacun, en invitant Jean-Claude Juncker à tirer parti du pouvoir d’initiative propre à son institution. A bon entendeur, …

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